de-vous-a-moi

n°1 : 12 Octobre 1984

 
Alors que Margaret Thatcher connait une immense frayeur en échappant de justesse à la mort lors d'un attentat,
Alors que Mylène Farmer interprète avec conviction "Maman a tort",
Muriel, la maman de Benjamin a mal. Sa devise du moment : "si j'avais su, j'aurais pas venue", qu'elle lâche en suffoquant.
Patrick, son compagnon n'a plus de poils sur le torse; dans un dernier effort, Muriel les a tous arrachés. Sa devise à cet instant : "oh putain ta mère salope" (la vulgarité dépasse souvent les maux).

"Je vois la tête" lance la sage-femme. Lou y es-tu ? Apparemment oui, vu le grand cri qu'elle pousse. Nous sommes le 12 octobre 1984, il est 16h34 et Lou est née.
Muriel est ra-vie. Sa fille est la plus belle du monde (selon la légende, elle aurait même inspirée Luis Mariano !); même avec un tuyau sortant du nombril et une plaque de placenta ornant son front.

En l'espace d'une heure, tous les habitants de la charmante bourgade de Sansoucy seront au courant de l'événement. Tata Suzanne a même devancé tout le monde en accomplissant les modalités de parution du faire-part de naissance dans "ô petit matin", le quotidien local.

La quiétude du trio est vite interrompue par l'arrivée en fanfare de Papi Pipas et de Benjamin.
Papi Pipas, 54 ans, sa devise : "je mangerai des pipas jusqu'à ce que mes dents en tombent". Benjamin, 2 ans et 3 mois, sa devise : "ze veux encore un tato maman".
A entendre son grand-père, Lou est "crachée son grand père", voilà un bon départ dans la vie !

Benjamin l'embrasse avec une coulée de salive. Petite Lou, à la vue des fées qui se sont penchées à l'instant sur ton berceau, tu auras tous les privilèges que la vie puisse t'offrir... à commencer par une famille aimante.
Toute la petite famille et les grands amis s'activent autour de la puce. Elle dort, s'adonnant à des gazouillis heureux.
La chambre est désormais calme. les visites sont maintenant terminées.

Après s'être serrés dans les bras l'un de l'autre, et s'être répété qu'ils s'aimaient, le sommeil eut raison des parents bienheureux.

Muriel, pensive s'interroge sur le choix de la tapisserie : le violet de sa chambre ira-t-il bien avec le teint de Lou ? (Muriel, première sur les questions existentielles).
Patrick, anxieux, recense les magasins susceptibles de lui vendre un postiche pour le torse en vue du prochain entrainement de natation (Patrick talonne Suzanne au contre-la-montre).

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N°2 : 29 Octobre 1984

Lou a 2 semaines. Lou a 2 cheveux. Lou n'a pas de dents. Jusque là tout est normal. Elle passe ses journées à dormir. Elle passe ses tétées à roter.

Benjamin en a plus qu'assez. Lou pleure lorsque son tracteur attaque son berceau. Lou fait tomber son doudou (une peluche offerte par Tata Suzanne) sur la construction Lego de Benjamin. Tout est cassé. Benjamin pleure, Lou aussi. Benjamin voulait un frère, pas une mauviette !

Tata Suzanne arrive sur les coups de 16h30. La cloche de Sansoucy retentit, une fois. Muriel lui propose une part de cake : "non merci". C'est fou ça ! Les gens se pointent à l'heure du goûter mais par politesse ou gêne, ils n'en profitent pas !
Mais c'était mal connaître Tata Suzanne. Sa devise : "si un jour tu as de la peine, pense aux kurdes et aux tchétchènes mais d'abord, viens goûter mes madeleines". Le panier de victuailles était là, tenu fièrement entre ses mains. C'est vrai, ses madeleines sont bonnes mais elles sont également drôles et vous redonnent le sourire. Elle a tout un tas de pochoirs pour rendre ses madeleines originales.

Patrick en saisit une. Arrêt sur image : la madeleine que porte actuellement Patrick à sa bouche est censée représenter une étoile à 6 branches. Or, dans son esprit, c'est un éléphant sans défense, ce qui le fait rire intérieurement. Selon une maxime, "il en faut peu pour être heureux"... cela se vérifie aisément. Une simple madeleine revigore toute la petite famille.
Patrick, ingénieur chez IBM, a rapidement repris la natation, contre toute attente. Il est passé à l'apnée... pour passer inaperçu ou du moins se rassurer quant à sa pilosité.

Muriel est hôtesse d'accueil. Ou plutôt "était" puisqu'elle a choisi de mettre son activité entre parenthèses pour s'occuper de ses bouts de chou.
Ils habitent un appartement assez confortable mais espèrent rapidement construire une maison. Patrick y pense souvent. Et pour cause, Muriel lui a déjà fait changer deux fois la couleur de la chambre de Lou alors il peine à imaginer l'étendue et la prise de tête des futurs travaux. Courage fuyons. Dîner, et au lit.

"Papa, tu fais peur !" lance Benjamin en mâchouillant son biberon. Effectivement, Patrick ressemble à l'abominable homme des neiges en cette matinée. Câline, le chat de la famille, a somnolé sur son costume en y laissant la "totalité de ses poils" selon lui. Décidemment, la gente féminine et les poils lui causent bien des soucis. "Il en faut du courage pour vivre ici" dit-il, agacé. Leçon du jour : toute personne énervée a tendance à extrapoler et à grossir ses propos.

Muriel ne prête guère attention à ce qu'il dit. Elle dort, épuisée, Lou ne fait pas encore ses nuits. Jusque là, tout est normal.
Dans tous les cas, madame sera fixée dès le lendemain, elle a RDV chez le charmant pédiatre pour Lou... De quoi occuper les rêves de Muriel... et les angoisses de Patrick. Appréhende-t-il cette visite ? Pour l'instant, il est trop occupé à récurer son costard... de peur qu'on ne lui en taille ?

 

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N°3 : 2 Novembre 1984

"- Et comment se porte la princesse ?.
- Bien, très bien même, elle pleure un peu la nuit mais ça va.
- Je parlais de vous, mais peut être aurais-je du dire "la reine" ?"

En ce bel après midi, Muriel repensait à ce pédiatre charmeur, à la manière inégalée qu'il avait de complimenter... de faire rougir. Son regard sur la poitrine de Muriel, embellie par le lait maternel.
Elle savait que c'était mal de se réjouir de cela mais durant ce RDV, elle s'était vraiment sentie femme, désirée et non "femme-qui-vient-d'accoucher-et-qui-garde-un-petit-bedon".

Un ballon atterrit sur la tête de Muriel, ce qui l'arracha de ses pensées. elle était dans les bois avec Patrick et les enfants. Lou dormait. Les garçons jouaient au foot, avec plus ou moins de délicatesse et de réussite. Muriel aimait s'interroger sur le futur sentimental de ses enfants, les joies et les peines de cœur qu'ils viendraient confier à leur maman. "Maman ! Papa me montre les animaux visibles !". Patrick intervient : "nuisibles !".

Muriel sourit, elle aimait également quand PAtrick s'entêtait à transmettre à Benjamin des choses qu'un enfant de 2 ans et 1/2 ne peut pas retenir, ni même comprendre ? Muriel avait voulu amener un gâteau qu'elle avait préparé. Etant donné l'état de carbonisation avancé, elle trouva plus simple et plus sain de tendre le bras pour prendre des pommes et un paquet de biscuits.
Benjamin se vantait toujours que "son papa était le plus fort" mais "que le manger de maman n'était pas bon..." Désillusion.

La douce voix de Michel Berger berça leur retour en voiture à Sansoucy. Le reste de l'après midi fut consacré à de belles prises de vue. Patrick avait confortablement placé Benjamin dans le fauteuil et lui avait ensuite placé Lou dans les bras.
Les photos s'enchainèrent : Benjamin qui embrasse Lou, qui la caresse, Lou qui se réveille, Lou qui partage son lait avec son frère... un renvoi imprévu qui mit fin à la séance.

Patrick et Benjamin se mirent ensuite à la lecture. Patrick prenait différentes voix, différentes postures, selon s'il interprétait un nain ou un flamant rose. Surement son inconscient qui le poussait à faire ce qu'il avait toujours voulu mais qu'il n'avait pas vu : comédien. A défaut, il se produisait devant un public restreint mais pas des moindres : son fils.

Muriel arriva dans la chambre alors que Patrick se prenait pour une mouche, ce qui leur valut un beau fou rire. Ce soir là, Patrick et Muriel prirent du plaisir. Un plaisir corporel mais également "spirituel". 3 mois qu'ils s'étaient abstenus. En une soirée, un instant magique, ils retrouvèrent cette complicité et ce désir enfouis. Il suffisait de les faire ressurgir... rugir; pour redonner à ce couple foi en leur duo. Ils avaient construit une belle famille, ils se devaient d'entretenir la moindre parcelle de leur histoire.

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N°4 : 26 Avril 1986

Pour le premier souper dans la nouvelle maison, Muriel a fait fort. Elle a une nouvelle fois tenté de cuisiner. Un beau poulet offert par Papi Pipas. Elle l'a accompagné de pommes terre qu'elle a ensuite placé dans le four. Sans succès, la porte du four lui est restée dans les mains. La vue de cette scène fit naître chez Patrick un rictus nerveux, d'agacement. 1 an ½ qu'il travaillait sur ce projet et en à peine ½ seconde, « elle » avait cassé le four. Muriel le regarda en riant « ce sera notre premier souvenir dans cette maison ! ».

Tandis que Lou marche d'un pas hésitant dans le couloir, Benjamin est devant la télé et répète inlassablement « boum ! boum ! boum ». Il somme ses parents de se joindre à lui. Patrick, le nez dans le four, lui grommèle que ce n'est pas le moment. Sa mère maintient la porte du four grâce à son pied et prépare le biberon de la puce. Alors Benjamin continue de fixer seul ces images. Il ne peut pas comprendre, de la même manière qu'il ne dissociait pas « nuisibles » et « visibles » ; non il ne peut pas comprendre l'impact de cette détonation « boum ». Nous sommes le 26 avril 1986, la station nucléaire Tchernobyl vient d'exploser. A Sansoucy comme partout, cette nouvelle bouleverse mais ne change pas les habitudes du quotidien.

C'est ainsi que comme tous les soirs, Patrick va coucher Benjamin et Lou. La nouveauté c'est qu'ils dorment pour la première fois dans une « vraie » maison. La proximité avec la voie ferrée n'est plus ; le voisin qui écoute Bach à 4 heures du matin n'est plus. L'histoire que raconte alors Patrick à ses enfants est celle de petit ours qui découvre son nouvel univers en compagnie de ses parents, qui cherche ses marques. Les petits choux s'endormirent paisibles et heureux.

Patrick emprunte l'escalier qui le mène à l'étage inférieur. Excité, angoissé, il sifflote pour se donner de la prestance et une certaine contenance. Ce moment, il en a rêvé. Il a choisi ce jour symbolique de leur arrivée dans la maison. Un nouveau départ. Il ouvre fébrilement un tiroir, en sort un petit paquet.
Il rejoint Muriel dans le salon. Des bougies scintillent. A la lueur des flammes, ils se rendent compte qu'ils ont eu la même idée. Les larmes perlent. La pluie coule. Le temps s'arrête. Sans un mot, ils s'approchent l'un de l'autre. Leurs doigts se mêlent, leurs langues se lient. En une seconde, un regard, le « oui » a été échangé. Oui ils s'aiment depuis 6 ans, oui ils voguent vers un nouveau projet. Muriel lut alors un poème, mettant en lumière son amour, ses espoirs et ses projets. Emus, ils s'échangèrent alliances et caresses. Le rendez-vous amoureux est pris devant l'autel, reste à fixer la date.

La magie de l'instant est momentanément rompue par les cris de Benjamin. « Cauchemar maman !! ». Les images vues à la télévision hantent Benjamin et l'empêchent de dormir. Il parle très vite, sanglote. Muriel comprend « boum », répété à plusieurs reprises. Elle le câline et il s'endort paisiblement contre sa maman. Les « boum boum » de son cœur l'apaisent désormais, le bercent. Ces émotions pures réunissent toute la famille. Patrick est allé caresser les cheveux de sa famille. Lou dort sans crainte, elle perçoit que sa famille est heureuse, unie. Sur les visages des 4 membres de la famille se dessine simultanément un sourire rêveur.

 

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N°5 : 20 Novembre 1986

« Allo ?... Oui ? Ah supeerrrrrr je suis ra-vie pour vous ! Emma ? D'accord !.... ça c'est une bonne nouvelle !.... je vous rappelle demain ! ..... oui....... Oui, je n'y manquerai pas ! ».

- Patriiiiiiick ! Ta sœur a accouché, une petite fille, Emma !
- Ah super ! tout s'est bien passé ?
- Oui apparemment la maternité de Saint-Jean-de-Luz les a très bien reçus !
- On ira les voir dans la semaine, ça nous fera des petites vacances et l'occasion pour Ben et Lou de découvrir leurs origines Basques !
- Oui, oui tu perds pas le nord toi.

Ils échangèrent un baiser et se replongèrent dans le choix des menus du mariage. Mine de rien, le 19 juin, cela va vite arriver. Contre toute attente, ce ne fut pas le menu qui leur causa une grande prise de tête mais plutôt le placement à tables... Muriel menait une lutte acharnée contre son futur mari car cela lui semblait impensable que Papi Pipas se retrouve à côté de Brigitte-la-cousine.

« Mais enfin, tu sais très bien que Brigitte ne supporte aucun bruit... Alors tu penses bien qu'elle va se sentir mal lorsqu'il va racler ses... dents... ». Effectivement, il ne leur avait jamais causé autant de soucis que depuis qu'il avait enfin accepté de mettre un dentier.

Bruits gustatifs et autres incompatibilités d'humeur sont vite réglés et oubliés. Il s'agit désormais d'aller chercher Benjamin à l'école et Lou à la crèche. Muriel a repris son activité professionnelle, la petite Lou a donc connu pour la première fois les joies de la crèche.

Tandis que Muriel et l'assistante maternelle échangent sur le pouls de cette première journée, Lou reconnaît la voix de sa maman et gambade gaiement dans le couloir vers sa direction. « Oh ma puce ! quel joli sourire ! ça a été ? ». Un gazouillis mêlé d'expressions made in bébé fait office de réponse.

Evidemment, bébé Lou n'est pas en mesure de conter à sa mère l'importance de cette journée... Elle vient de connaître pour la première fois de sa courte existence un chagrin d'amour : elle jouait dans le sable avec Maxime, le beau garçon, le plus viril sans aucun doute, prenez pour preuve ses 3 petites dents qui occupent la (quasi) totalité de sa bouche. Et bien, tandis qu'elle jouait avec lui, Roxanne, la pimbêche comme en témoigne sa mèche de 3 cheveux sur le côté, est venue voler le seau de Lou !

Cette dernière n'a rien pu faire pour le récupérer, trop encombrée par sa nouvelle couche culotte Huggies ! Si seulement elle pouvait faire comprendre à sa mère qu'elle préférait les anciennes... Cela aurait pu empêcher Maxime de trouver Roxanne très ambitieuse, et donc de la préférer à Lou. Elle se retrouve seule, et ce n'est pas Frédéric, le petit garçon vidant ses narines dans sa main qui va lui changer les idées ! C'est dur la vie de bébé : plus de seau pour jouer, la couche pleine et une vue peu ragoutante...

Muriel qui donne désormais le bain ne se doute de rien quant à la journée « mouvementée » de ses enfants. En effet, Ben a assez mal au ventre lui aussi. Pas pour un chagrin d'amour mais plutôt à cause de toutes les barquettes aux fruits qu'il a subtilisé à ses camarades et ensuite englouti.

Loin des bulles du bain et des boules de chagrin, Patrick écoute France Info et songe fortement à reporter leur virée au Pays Basque. Des attentats revendiqués par l'ETA secouent l'Espagne et les voitures immatriculées en France sont incendiées. La peur du terrorisme est dans tous les esprits, Patrick préfère ne pas s'y risquer. Il éteint la radio et se repenche sur le plan de table... pour rayer des invités Maxime le bébé ténébreux, terreur des bacs à sable, terroriste de grains de sable à ses heures perdues.

Non, simplement rajouter une place pour la petite Emma, nouvelle venue au Pays Basque, loin des secousses madrilènes et désormais si proche des siens
.

 

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N°6 : 25 Mars 1987

Petites couettes soutenues par de jolies élastiques mauves, salopette sublimissime, chaussures de couleur rose pâle, mini sac à dos griffé « nouvelles galeries »... et teint rouge écarlate avec petite bouche grande ouverte qui crie : « ouiiiiiiiiiiiiin ».
C'est la première matinée de Lou à l'école. Muriel est brisée de voir son poussin en pleurs mais elle doit s'y résoudre. Patrick l'a charrié ce matin en lui disant qu'elle pleurerait plus que sa fille. Non, elle ne lui fera pas ce plaisir d'autant plus qu'à ce stade là, il est impossible de pleurer plus que Lou, et c'est bien là le problème !

Laure, l'institutrice prend Lou dans ses bras en lui donnant une madeleine. Ce biscuit qui lui est familier la met en confiance et l'apaise soudainement. C'est ce moment que choisit Muriel pour s'en approcher et lui faire un bisou d'au revoir. Sans compter sur Lou qui n'a pas dit son dernier mot... et pour cause, elle lui sort son tout premier mot « non !!!! »... La maman est bouleversée, la première chose qu'exprime oralement sa fille est un refus... Elle s'éclipse, vexée.

« ... et le jardinier s'occupa de son potager tout l'après midi, parlant aux tomates, caressant le persil, complimentant les carottes... D'ailleurs, de quelle couleur est la carotte les enfants ? »... « Houla, ne parlez pas tous en même temps les enfants ! Chacun son tour. Oui Stéphane ? Oui orange très bien ! Benjamin pourquoi lèves-tu encore la main ? ». Benjamin devint également rouge à son tour et balbutia « zé fait pipi ». Il fut alors la risée de ses petits camarades, l'institutrice lui assura que ce n'était pas grave, même si elle savait qu'il vivait là un moment traumatisant de l'enfance et qu'il s'en souviendrait longtemps. Elle-même lorsqu'elle avait 5 ans... hum...

Muriel est au self avec ses collègues Martine et Marie. Le trio des M discute de ce qui bouleverse Muriel depuis ce matin : le non de sa protégée. Martine la rassure, selon les statistiques, le premier mot d'un enfant est « non » et c'est logique, c'est une syllabe, facile à prononcer et à placer. Marie insiste sur la coïncidence que ce mot ait été sorti à Muriel dans de telles circonstances. Rien de dramatique donc, Muriel se sent mieux et en confiance avec ses amies. Elles en profitent pour échanger sur leur vie sexuelle respective.

Martine : « vous n'allez jamais me croire, hier Michel m'a appelé Antoinette alors que nous faisions l'amour, ça m'a coupé net ! »
Marie, étouffant un rire : « ah non mais moi il faut pas qu'il parle, je peux pas faire deux choses à la fois déjà en temps normal... ».

Ok Muriel avait quelques difficultés avec ses enfants mais au moins, elle n'avait rien à reprocher à son futur mari et cette pensée lui conféra une notion de bien être intense. Non, aucun problème.

Au même moment, Lou regarde par la fenêtre, elle y voit Benjamin, une main sur les bijoux de famille et l'autre main dans celle de son institutrice. Il va changer ses vêtements, Lou ne comprend pas trop mais elle saisit tout de même le ridicule de la situation et elle rit bouche grande ouverte laissant entrevoir ses 4 dents et ½.

Patrick et ses collègues rigolent également mais pour une toute autre raison. Les yeux rivés sur le téléviseur, ils contemplent la pornographie italienne mise à l'honneur, la Jeanne D'arc de la libération sexuelle. La Cicciolina fait une entrée détonante au Parlement Italien. La star du X vient en effet d'être élue députée à Rome dans les rangs du Parti radical. Cette nouvelle surprenante redonne soudainement beaucoup de valeurs et d'intérêt à la politique. Patrick et ses collègues décident de s'y intéresser fortement à partir de ce « oui » italien.

Une fois les enfants récupérés, le nouveau bermuda constaté, les enfants vont directement au bain tandis que les futurs époux échangent comme d'habitude sur leur journée. Muriel insiste alors sur le « non » qui l'a surprise et affectée. Patrick détend l'atmosphère avec le oui venu du pays voisin. Un baiser est alors furtivement échangé, le couple repense instinctivement au « oui » qui arrivera dans 3 mois...

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N°7 : Le 19 juin 1987

Les sons indéfinissables de l'orgue se font entendre dans l'Eglise. La musicienne, surnommée « mémé qui pique » par les gens du village ; a l'honneur de déclarer ouverte la cérémonie. C'est en quelques sortes la Monica Bellucci locale, en piteux état et avec 50 ans de plus.

Muriel avance d'un pas frêle mais certain vers Patrick. Elle est sponsorisée par Freedent, manucure et pédicure impeccables, vêtue d'une robe à volants, blanche comme la neige. Les yeux de Patrick amoureux voient en elle une mannequin en robe de mariée.Deux petits elfes tiennent la traine : Benjamin et Lou, sur leur 31 également.

Brigitte-la-cousine peste et tente en vain de pousser le chapeau de Tata Suzanne pour pouvoir elle aussi profiter du spectacle. Son geste malhabile sera interrompu par un brouhaha provenant de l'orgue. Mémé qui pique a ses lunettes qui sont tombées durant ses mouvements empreints de fougue et d'amour pour ces prières, elle ne peut plus déchiffrer les partitions. Elle improvise donc. Elle improvise donc mal se permettent de penser les invités.

Lou se serait bien bouché les oreilles si elle n'avait pas eu un bouquet entre ses petites mains. Sourires complices avec son frère échangés, la princesse ne saisit pas l'importance de l'événement. Outre le fait que mémé qui pique se ridiculise lamentablement, ses parents sont en train de renforcer cette petite famille.

Le moment d'échanger les alliances est arrivé. Patrick est une nouvelle fois saisi de ses tics nerveux qui le rendent si touchant auprès de Muriel : sa lèvre supérieure tire vers le haut comme si un fil tombant du ciel la faisait bouger. Muriel semble sereine mais son angoisse est tapie à l'intérieur, elle avance sa main vers celle de son époux et se fait passer la bague au doigt en moins de temps qu'il ne lui en a fallu pour tomber amoureuse de lui.

Benjamin saute de sa chaise en criant « vive les mariéééééééés », Lou applaudit après avoir jeté le bouquet de fleurs en arrière. Bouquet qui atterrit directement sur la tête de Brigitte-la-cousine, décidemment elle n'aura rien vu de la cérémonie. Que va-t-elle bien pouvoir raconter à ses camarades curieuses lors des parties de cartes du lendemain ?

La discussion tournera probablement autour de mémé qui pique... postée à la sortie de l'Eglise, elle n'est pas là pour féliciter les mariés mais plutôt pour assurer sa plaidoirie : « non mais c'est une honte ! » crie-t-elle « le curé a modifié l'ordre des chansons sans me prévenir. On a voulu saboter mon travail ». Il est évident que si elle a un surnom si affectueux, ce n'est pas uniquement pour sa barbe de 333 jours mais également pour ses petites piques lancées innocemment.

La photo du mariage est prise dans un cadre idyllique ; le soleil est radieux, les oiseaux chantent et Lou également. Papi Pipas a révisé son nouveau sourire - celui avec le dentier - devant le miroir à plusieurs reprises, il est fin prêt à capter toute la lumière du flash.

La collègue Martine s'illustrera à son tour durant son discours en tant que témoin et amie de Muriel. Les larmes ont coulé, bienheureuse Muriel qui avait prévu un mascara résistant !

Benjamin et Lou dansèrent sur la piste, Muriel les regardait, fière, il était loin le temps où Benjamin, penaud lui racontait pourquoi il s'était fait pipi dessus à l'école. La grande taille et la force de son frère ainé faisaient voler et tournoyer la petit Lou qui riait et laissait entrevoir toutes ses quenottes. C'est donc ça le bonheur.

Une fois que Tata Suzanne eut couché les enfants, la fête put continuer jusqu'à l'aube. Les mariés eurent tout juste le temps de récupérer leurs affaires et embrasser leurs enfants afin d'arriver à temps à l'aéroport qui était la première étape de leur lune de miel : un voyage de 10 jours aux Baléares.

Que vivaaaaaa España ! Et vive également les mariages d'amour, sans autre intérêt que celui de continuer à être heureux, ensemble et sans artifice. Et bien entendus vive les mariés !

Point de riz jeté mais beaucoup de rires semés.


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